Mercredi 10 juin 2009
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Crédit image : http://malphi.typepad.com/frills_frocks_fancies_by_/2008/08/ive-just-received-the-most-amazing-apron-through-the-post-it-came-from-a-vintage-textile-collector-in-new-york-its-a-sheer.html
Une visite S'IMPOSE sur le site apronologie de Susannah aka Malphi.
Il me vient ce soir, eu égard à certain plat de sushi maki dégusté en compagnie de Jones, qui ne manqua point de me ramener à des moments fort agréables et à d’autres qui le furent beaucoup moins ; ce soir donc il me vient l’envie de revenir aux Souhaits Majuscules. Précisons, d’une part, que depuis leur brève apparition icy-même, il y a deux ans, je n’ai plus abordé ce thème ; mais aussi que, d’autre part, je n’emploie pas mon énergie qu’à ces Magnifiques Souhaits – il m’arrive plus qu’à mon tour de suer sang et eau, c’est le cas de le dire, sur des ouvrages « martyrs », que j’exécute à titre d’essais à blanc, avant que d’en venir à la Real Thing grand teint. Que je m’expliquasse…
Mais tout d’abord, présentons maud, que le Destin guida sagement jusqu’à la férule de l’un de mes collègues, passionné tout comme moi d’espionnage et de traîtrise - et que j’apprécie énormément pour ce qu’il est, à savoir un dangereux maniaque, en compagnie duquel je suis tout simplement dispensée de perdre mon temps et mon énergie à diluer prudemment mes vapeurs sulfureuses ; faux-semblant ô ! Combien nécessaire parmi les civils, mais néanmoins assommant au dernier degré. C’est dire si j’aime à fréquenter ledit collègue, que je nommerai John, car c’est son identité de couverture et qu’il faut bien du pseudonyme icy et là, afin de ne point trop nuire à l’intelligibilité de mon propos. Or quoi qu’il en soit, soit.
maud est charmante et je puis l’écrire sans ambages désormais : je la trouve tout à fait à mon goût. Il est vrai que John a la main très sûre et l’œil particulièrement perçant, aussi déniche-t-il régulièrement, et sans le moindre effort semble-t-il, de ravissantes euh… enfin soit. maud est venue, il l’a vue et vous devinez aisément la suite. Je précise, à toutes fins utiles, que maud est novice au sens strict du terme et que c’est pourtant elle, succédant à une longue suite de candidates, qui fit le plus rapidement et le plus incontestablement ses preuves. D’ailleurs, maud s’est posée avec élégance dans le creux des mains de John et elle y est restée, prouvant que les civiles peuvent parfois avoir une très solide suite dans les idées, malgré leur ignorance des choses de l’espionnage. C’est dès lors en toute amitié que j’accédai au souhait de John de le seconder dans ses projets, non sans me seriner au passage, in petto, qu’il valait mieux que je garde certaine mesure et certaine prudence en cette occasion précise – je ne sais que trop douloureusement où mes emportements me mènent, chaque fois que je lâche la bride à ces lubies-là, qui m’ont empoisonné l’existence de longue date, faute d’avoir su – pu – voulu considérer que [Disclaimer : merci à Jones de faire office de reminder plus souvent qu’à son tour] *les nanas, c’est vraiment pas un bon plan* [End of disclaimer]. J’accueille cependant ma toquade avec indulgence, car une toquade ne prête guère à conséquence, si l’on s’en tient rigoureusement à une légèreté de bon aloi et à un dandysme soigneusement observé.
Et c’est ici qu’un Souhait Majuscule a germé dans mon improbable caboche : j’ai eu la vision de maud à l’heure du thé et j’ai su ce qu’il faudrait que je lui offrisse pour l’occasion. Fort heureusement, je ne pus acheter tout simplement le présent que je lui destinais, car la seule boutique où j’eus le temps de passer n’avait plus rien de la sorte en collection. Et quand bien même l’auraient-ils eu, je doute fort que le modèle eût convenu, sans compter qu’il aurait fallu personnaliser l’article de toute façon ; et, qu’en définitive, je n’aurais rien gagné à l’acheter terminé, si ce n’est de flatter ma fainéantise naturelle. Tout fut pour le mieux dans le meilleur des mondes en série, donc ; je revins bredouille, bien déterminée à fabriquer de mes mains, dans la plus fine et le plus immaculée des batistes, ce cadeau très intéressé que j’augure d’offrir à maud.
C’est icy que la magie opère, soyons honnête : l’éducation que j’ai reçue, à l’âge tendre, était déjà fort obsolète (bien que je ne me considère pas comme étant de l’arrière-garde). Je puis donc reconnaître sans peine qu’il n’est pas donné à n’importe quelle femelle de me suivre là où j’ai du plaisir à m’engager, surtout lorsqu’il s’agit d’aiguille et de fil. Ce pour quoi je remercie le Gadlu et… soit.
Il m’a suffi de fouiller un peu pour remettre la patte sur le magnifique tablier de mon aïeule, tout orné de jours et d’entrelacs au point de bourdon : une pièce parfaitement conservée par mes soins, et qui date à vue de pif des années vingt. Presque cent ans, donc, pour un modèle tout à fait unique, qu’il serait impossible de trouver, même médiocrement imité, dans les grandes surfaces de la fripe actuelle. Or toutefois je n’aurai aucun mal à le copier à main levée, moi qui vous écris, cher lecteur épouvanté à l’idée de piquer un ourlet de pantalon. Le matériel de base : un crayon, une feuille de papier patron, une paire de ciseaux, une règle en bois et quelques épingles fines. La méthode : déplier, puis étaler la feuille de papier sur une table plane et propre. Ensuite, épingler le tablier sur la feuille. Reporter au crayon les contours, ajoutés des valeurs d’ourlet et de couture, puis indiquer les marques de couture, toujours au crayon. Ne pas oublier d’indiquer le droit fil (avec la règle). Mesurer les lanières de côté, augmenter des valeurs de couture et reporter les formes obtenues sur le papier (toujours sans oublier le droit fil). Découper avec précision les morceaux dessinés sur le papier.
Il ne reste plus qu’à passer à la coupe, sur le tissu choisi (je passe les détails). Après le surfilage, terminer les lanières, les placer, puis finir très soigneusement les ourlets.
Cette formalité simplissime accomplie, il ne reste plus qu’à reporter le motif à broder en le centrant très précisément, à prendre la soie du Ver à Soie, les aiguilles Bohin (ou, à la rigueur, des John James), le tambour puis enfin se plonger toute vivante dans le bonheur. Non sans remercier silencieusement Tomi Ungerer pour son génie absolu du trait parfait.
maud à l’heure du thé, je la vois d’ici, frêle et fière, dans le simple appareil de la batiste que je vais broder pour ses beaux yeux. John à l’heure du thé, je le vois tout aussi nettement, le regard perçant et la moue satisfaite. Ce sont des réjouissances fines, précieuses, sans prix, que ces petits riens que l’on fait, car il est devenu parfaitement impossible de se les procurer autrement qu’en les réalisant soi-même. Ce qui m’amène à conclure que non seulement la race humaine se ramollit dangereusement depuis l’invention de l’asepsie et du chauffage central, mais, qu’en plus, sapiens sapiens (ou soi-disant tel) dévolue à la vitesse grand V. Encore un petit effort et tout ce beau panier de crabes finira par se muer en soupe aux amibes. Et c’est là que mes tabliers vintage s’arracheront comme des petits pains…
