Mardi 29 décembre 2009
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15:11
Crédit image : The Mata
Story
Les trois jours moribonds qui séparent les deux premières décennies du 21è siècle sont
occupés à rétrécir et, puisqu'il est question de ne pas trop se mouiller, l'occasion semble idéale pour partager quelques petites considérations bien senties sur le sujet qui m'occupe, icy et
mayntenant - à savoir, le fric.
Comprenons-nous bien, Cher Lecteur embarqué de concert dans le marathon des confiseurs, je n'ai nullement l'intention de réinventer la roue. D'autres, sans doute bien mieux embouchés que moy, s'en chargent avec force méthode - ainsi qu'une rafraîchissante bonne foy. Grâce leur soit rendue, ils ont à tout le moins l'infini mérite de ne pas se draper dans leur cynisme, faute d'avoir l'envie ou la bonté d'agir localement. Certaine individue lambda est fort loin du compte, quant à elle. Orrrr doncques.
Nous en étions restés, si mes souvenirs sont exacts, à deux ou trois questions de base qui ont permis de définir un début de sujet. Une fois les différences vertement établies entre les envies et les besoins, puis entre les rêves et la réalité, vous vous attendez certainement à ce que j'y aille d'un petit couplet épicurien (au sens premier du terme; à vérifier dans l'Universalis, pour ycelles et yceux qui prennent encore l'épicurisme pour une morale du plaisir facile...). Détrompez-vous immédiatement, malheureux naïfs, si cette rassurante idée a pu un instant traverser votre champ de conscience. Il n'entre pas dans mes buts de peindre sous un jour avantageux les vertus de la frugalité et du pragmatisme raisonnable. Non que je sois incapable de frugalité ou de pragmatisme raisonnable - j'en use au besoin, plus souvent qu'à mon tour - mais bien plutôt qu'il m'est insupportable de choisir entre plusieurs camps. CQFD. En matière de fric comme en toute autre, je n'ai dès lors qu'un seul et unique but : parvenir à mes fins de la manière la plus radicale, la plus marginale et la plus inconventionnelle qui se puisse trouver. Vous voyez venir la suite, pensez-vous ? Attendez-vous au pire.
Le pire étant que, puisque la charité bien ordonnée commence par sa propre pomme, je n'ai eu de cesse que de paradoxaliser mon trognon à tour de bras. Ce serait très détestablement assumé de ma part, si j'allais me vanter d'être une pro de la gestion patrimoniale, lors même que les faits parlent d'eux-mêmes. Je souligne cependant que, pour en arriver à une situation financière qui ferait blanchir le grand-livre vert d'un simple aide-comptable, j'ai toujours eu à ma disposition chacun des outils qui m'auraient permis de faire les bons choix. Et je les ai utilisés. Sauf que j'ai pris un malin plaisir à pervertir lesdits outils jusqu'au dernier, pour finalement parvenir à des résultats exécrables et excellents tout ensemble. Que pouvait-on attendre d'autre d'une espyonne allergyque aux plans simples et aux lignes droites ?
Mes conseils, si j'en devais donner, seraient de serrer chaque besoin à la gorge afin d'avantager ses envies en tout premier lieu; mais aussi - surtout ? - de tenir la réalité aussi loin que possible de ce que l'on pense être au fond de soi. Il ne faut non plus rien entreprendre d'important, qui ne soit directement issu des limbes brumeuses de l'océan de rêves que l'on porte en son cueur. Le fric, n'étant, précisément, qu'une arme en forme d'outil, doit servir ces deux nobles causes que sont les envies et les rêves; il faut impérativement s'ôter de la cafetière toute vue morale ou raisonnable - ce sont des chimères infectes, qui ne servent qu'à faire crever le souffle vital que le Gadlu a pris soin de placer en chacun de nous.
Que je m'expliquasse. Fort souvent, au fil de mes nombreuses lectures webesques, je tombe sur l'un ou l'autre article vantant les mérites des réseaux de distribution de deuxième main ou du troc entre particuliers. C'est tout à fait charmant, de découvrir cette économie parallèle à l'occasion d'un rétrécissement brutal et malvenu de son pouvoir d'achat. Il est vrai qu'acquérir, au dixième de son prix d'origine, le gadget en trois lettres que le quidam lambda brûle de posséder - depuis que ledit produit fut lancé sur le marché à grand renfort de publicité through-the-line - c'est une aubaine qui peut sembler bien amère aux pauvres pommes ayant payé le prix fort tout juste deux semaines avant.
Mais il peut y avoir d'autres raisons qui justifient amplement le détour par la case « brocante ». Un exemple : le bois. Imaginons que certaine individue lambda, qui décidément n'en finit jamais de s'appeler Mata, souhaite meubler son... euh... salon de derrière. Or, pour cette pièce qui fut rêvée et minutieusement modélisée, où, par le Gadlu, notre individue va-t-elle dénicher le banc d'église en bois sculpté qui garnira le mur de droite, juste à côté de la cheminée de marbre ? Certainement pas chez le méga-store de design nordique qui hante chaque coin de rue, c'est une évidence... Le banc d'église en chêne massif voyage en effet fort mal en paquets plats. De plus, comble de malchance, le chêne massif ça pèse un très gros quintal, ce qui détermine immanquablement des coûts de transport vertigineux. Il n'en faut pas plus pour expliquer l'absence totale de références en chêne / hêtre / palissandre / bois de rose massif dans les catalogues contemporains. Autant pour les amateurs/trices de vieilleries poussiéreuses et qui ont par surcroît déjà servi. C'est icy que s'élèvent en général une longue liste d'anathèmes dénonçant, au tollé, l'abomination suprême que symbolisent ces objets contaminés par d'innommables bestioles rampantes et autres crimes contre la modernité aseptisée.
Pour ma part, peu me chaut : ce n'est ni pour radiner trois centimes ni pour investir dans l'antiquaille que j'écume les hangars glacés et poussiéreux du royaume. C'est tout simplement parce que je n'ai pas le choix. Les tambours à broder que l'on trouve au 21è. siècle sont en plastique et déchirent la batiste que j'ai eu tant de peine à déterrer d'un sac en soldes. Les quelques modèles en "bois", fabriqués en Chine, partent de travers dès la deuxième utilisation et ne sont pas même cylindriques. Pas d'autre solution, en l'occurrence, que de partir en chasse au petit matin, avec le fol espoir que le Gadlu me vienne en aide. Ce qui ne manque jamais d'arriver, mais plutôt « tôt ou tard » et très souvent dans le désordre. On ne peut pas tout avoir. Mais, au demeurant, rentrer avec une pisseuse en porcelaine ou un étau en acier massif, lorsqu'on était partie pour se procurer de la Colbert bleu nuit, c'est ce qui constitue tout le charme de l'exercice brocantesque. Et je n'évoque même pas les improbables synchronismes qui parfois illuminent l'aube humide, lorsque, au fond d'un bac crasseux, sous un tréteau bancal, l'on parvient à mettre la patte sur un Paul Émile Bécat original. Dont le vendeur n'a jamais entendu parler et qu'il brade donc pour une poignée de cacahuètes. Le bonheur, c'est simple comme un inculte. Amen.
Comprenons-nous bien, Cher Lecteur embarqué de concert dans le marathon des confiseurs, je n'ai nullement l'intention de réinventer la roue. D'autres, sans doute bien mieux embouchés que moy, s'en chargent avec force méthode - ainsi qu'une rafraîchissante bonne foy. Grâce leur soit rendue, ils ont à tout le moins l'infini mérite de ne pas se draper dans leur cynisme, faute d'avoir l'envie ou la bonté d'agir localement. Certaine individue lambda est fort loin du compte, quant à elle. Orrrr doncques.
Nous en étions restés, si mes souvenirs sont exacts, à deux ou trois questions de base qui ont permis de définir un début de sujet. Une fois les différences vertement établies entre les envies et les besoins, puis entre les rêves et la réalité, vous vous attendez certainement à ce que j'y aille d'un petit couplet épicurien (au sens premier du terme; à vérifier dans l'Universalis, pour ycelles et yceux qui prennent encore l'épicurisme pour une morale du plaisir facile...). Détrompez-vous immédiatement, malheureux naïfs, si cette rassurante idée a pu un instant traverser votre champ de conscience. Il n'entre pas dans mes buts de peindre sous un jour avantageux les vertus de la frugalité et du pragmatisme raisonnable. Non que je sois incapable de frugalité ou de pragmatisme raisonnable - j'en use au besoin, plus souvent qu'à mon tour - mais bien plutôt qu'il m'est insupportable de choisir entre plusieurs camps. CQFD. En matière de fric comme en toute autre, je n'ai dès lors qu'un seul et unique but : parvenir à mes fins de la manière la plus radicale, la plus marginale et la plus inconventionnelle qui se puisse trouver. Vous voyez venir la suite, pensez-vous ? Attendez-vous au pire.
Le pire étant que, puisque la charité bien ordonnée commence par sa propre pomme, je n'ai eu de cesse que de paradoxaliser mon trognon à tour de bras. Ce serait très détestablement assumé de ma part, si j'allais me vanter d'être une pro de la gestion patrimoniale, lors même que les faits parlent d'eux-mêmes. Je souligne cependant que, pour en arriver à une situation financière qui ferait blanchir le grand-livre vert d'un simple aide-comptable, j'ai toujours eu à ma disposition chacun des outils qui m'auraient permis de faire les bons choix. Et je les ai utilisés. Sauf que j'ai pris un malin plaisir à pervertir lesdits outils jusqu'au dernier, pour finalement parvenir à des résultats exécrables et excellents tout ensemble. Que pouvait-on attendre d'autre d'une espyonne allergyque aux plans simples et aux lignes droites ?
Mes conseils, si j'en devais donner, seraient de serrer chaque besoin à la gorge afin d'avantager ses envies en tout premier lieu; mais aussi - surtout ? - de tenir la réalité aussi loin que possible de ce que l'on pense être au fond de soi. Il ne faut non plus rien entreprendre d'important, qui ne soit directement issu des limbes brumeuses de l'océan de rêves que l'on porte en son cueur. Le fric, n'étant, précisément, qu'une arme en forme d'outil, doit servir ces deux nobles causes que sont les envies et les rêves; il faut impérativement s'ôter de la cafetière toute vue morale ou raisonnable - ce sont des chimères infectes, qui ne servent qu'à faire crever le souffle vital que le Gadlu a pris soin de placer en chacun de nous.
Que je m'expliquasse. Fort souvent, au fil de mes nombreuses lectures webesques, je tombe sur l'un ou l'autre article vantant les mérites des réseaux de distribution de deuxième main ou du troc entre particuliers. C'est tout à fait charmant, de découvrir cette économie parallèle à l'occasion d'un rétrécissement brutal et malvenu de son pouvoir d'achat. Il est vrai qu'acquérir, au dixième de son prix d'origine, le gadget en trois lettres que le quidam lambda brûle de posséder - depuis que ledit produit fut lancé sur le marché à grand renfort de publicité through-the-line - c'est une aubaine qui peut sembler bien amère aux pauvres pommes ayant payé le prix fort tout juste deux semaines avant.
Mais il peut y avoir d'autres raisons qui justifient amplement le détour par la case « brocante ». Un exemple : le bois. Imaginons que certaine individue lambda, qui décidément n'en finit jamais de s'appeler Mata, souhaite meubler son... euh... salon de derrière. Or, pour cette pièce qui fut rêvée et minutieusement modélisée, où, par le Gadlu, notre individue va-t-elle dénicher le banc d'église en bois sculpté qui garnira le mur de droite, juste à côté de la cheminée de marbre ? Certainement pas chez le méga-store de design nordique qui hante chaque coin de rue, c'est une évidence... Le banc d'église en chêne massif voyage en effet fort mal en paquets plats. De plus, comble de malchance, le chêne massif ça pèse un très gros quintal, ce qui détermine immanquablement des coûts de transport vertigineux. Il n'en faut pas plus pour expliquer l'absence totale de références en chêne / hêtre / palissandre / bois de rose massif dans les catalogues contemporains. Autant pour les amateurs/trices de vieilleries poussiéreuses et qui ont par surcroît déjà servi. C'est icy que s'élèvent en général une longue liste d'anathèmes dénonçant, au tollé, l'abomination suprême que symbolisent ces objets contaminés par d'innommables bestioles rampantes et autres crimes contre la modernité aseptisée.
Pour ma part, peu me chaut : ce n'est ni pour radiner trois centimes ni pour investir dans l'antiquaille que j'écume les hangars glacés et poussiéreux du royaume. C'est tout simplement parce que je n'ai pas le choix. Les tambours à broder que l'on trouve au 21è. siècle sont en plastique et déchirent la batiste que j'ai eu tant de peine à déterrer d'un sac en soldes. Les quelques modèles en "bois", fabriqués en Chine, partent de travers dès la deuxième utilisation et ne sont pas même cylindriques. Pas d'autre solution, en l'occurrence, que de partir en chasse au petit matin, avec le fol espoir que le Gadlu me vienne en aide. Ce qui ne manque jamais d'arriver, mais plutôt « tôt ou tard » et très souvent dans le désordre. On ne peut pas tout avoir. Mais, au demeurant, rentrer avec une pisseuse en porcelaine ou un étau en acier massif, lorsqu'on était partie pour se procurer de la Colbert bleu nuit, c'est ce qui constitue tout le charme de l'exercice brocantesque. Et je n'évoque même pas les improbables synchronismes qui parfois illuminent l'aube humide, lorsque, au fond d'un bac crasseux, sous un tréteau bancal, l'on parvient à mettre la patte sur un Paul Émile Bécat original. Dont le vendeur n'a jamais entendu parler et qu'il brade donc pour une poignée de cacahuètes. Le bonheur, c'est simple comme un inculte. Amen.
