Partager l'article ! Argent mesquin ou fric vulgaire ?: Crédit image : http://www.gizmodo.fr/2007/12/01/blingbling_jusquaux_toilettes.html ...
Crédit image : http://www.gizmodo.fr/2007/12/01/blingbling_jusquaux_toilettes.html
Bien. Le budget établi, dans la sueur et la sueur, considérons froidement l'étendue des
dégâts. S'il est exact que, durant toutes ces années, le mythe de la « Société de consommation » avait pu te faire accroire, Cher Lecteur douillettement enfoncé dans tes
illusions, que tout irait toujours bien pourvu que le Gadlu te prête vie, le constat n'en reste pas moins une gifle monumentale. Tu es pigeonné, sur toute la ligne. Tu as beau chercher,
éplucher tes extraits de compte et tourner un rond comme un ours dans sa cage dorée, tu ne parviens pas à déterminer où exactement est passé tout ce p*** de pognon que tu as gagné.
Laisse-moi éclairer ta lanterne.
Au demeurant, l'équation est fort simple. Pour moitié, tes espèces sonnantes sont tombées sous le feu de caprices irréfléchis et autres impulsions d'achat compulsives. Pour l'autre moitié, qui
devrait plutôt se lire comme un « deux tiers - un tiers », ce qui restait est allé engraisser l'état (60 %) et t'a servi à payer tes factures. Raison pour laquelle tu ne parviens
pas à comprendre pourquoi, avec tout ce que tu as reçu en salaires et primes diverses, tu n'es pas riche comme Onassis luy-même. Ne rêve pas : c'était une autre époque. Tu n'imaginais tout de
même pas que les seules bestioles nuisibles, autour de toi, étaient les vampires révolviques ?! L'état, cet ogre boulimique, relègue nos petits suceurs d'intérêts perpétuels au rang des amibes et
des moucherons. Et pour assombrir encore le tableau, s'il en était besoin, non seulement ce monstre est insatiable, mais en plus il est totalement cinglé. Pas une journée ne se passe sans qu'il
ne vomisse une nouvelle règle, dans le but évident d'augmenter ses rapines. Si encore il s'agissait, comme le brave Robin « Renard » des Bois, de redistribuer intelligemment ou équitablement le
produit de ses pillages. Quel naïf espoir !
L'état n'a qu'un seul objectif : la pérennité de son propre système. S'il faut, pour rester en place, broyer des milliers de vie, c'est le cadet de ses soucis. Autrefois, sous l'Ancien
Régime (époque désormais méconnue de tous, hors quelques extra-terrestres férus d'histoire et de littérature), c'était le Tiers-État qui trinquait. Comprendre : les analphabètes, les ... euh.. on
dit « moins valides », de nos jours, c'est ça ? et enfin les sans-terre et sans-culotte, exclus du système économique depuis la fin de la pyramide hiérarchique moyenâgeuse. Vint la Société
Industrielle et les théories délirantes de Keynes et de Marx. Après quelques décennies fort sombres pour les individus contraints de travailler à vil prix, afin de ne pas crever de faim, l'on vit
arriver avec soulagement l'État Providence, THE panacée universelle contre la misère et les mauvais lendemains. D'un côté, plutôt à gauche, les collectivistes créèrent les bureaux du plan
et autres kolkozes. De l'autre, plutôt à droite, l'on vit les trente glorieuses et l'American Dream se poser là, tels les preuves absolues de la supériorité du modèle capitaliste. Mwouai.
L'état des lieux actuel, c'est le cas de le dire, est d'une parfaite limpidité. Outre les indéracinables et très rares privilégiés qui se maintiennent toujours très en haut de la pile (les
rois, les princes, les CEO's bourrés de stock-options, les apparatchiks habiles et autres Docteurs-es-Panier-de-crabes), le monde dans lequel tu survis (l'occidental, veux-je dire) est composé de
deux types d'individus lambdas :
1. Les actifs (ceux à qui l'on demande de céder 7 mois de travail par an pour preuve de leur solidarité joyeuse envers autrui).
2. Les inactifs (ceux qui vivent de l'aide sociale - j'insiste bien : qui VIVENT, et non qui bénéficient de, la nuance est importante).
En gros, c'est le Tiers-État de l'Ancien Régime à l'envers : les travailleurs sont punis et les oisifs sont récompensés.
Noire, mon esquisse ? Attends, j'ai pas fini.
Dans ce contexte, l'individu lambda de la première catégorie dispose seul de l'option « je m'enrichis ». Ceux de la deuxième catégorie, qui naviguent d'une aumône à l'autre,
n'ayant bien entendu pas la moindre perspective de construire quoi que ce soit - et d'ailleurs, ils s'en foutent royalement : le Panum et Circenses semble avoir été inventé rien que pour
eux.
Donc, notre individu lambda sous Contrat à Durée (In)Déterminée peut raisonnablement planifier quelque accroissement dans sa cassette. Mais par quel moyen ? Icy encore, le choix est double.
Soit notre individu adopte (sans le savoir - et avec une large longueur de retard) les préceptes rigoureux du calvinisme pur et dur. Traduire : bosse dur, épargne dur et vis à la dure.
C'est, vous l'aurez reconnue, la version ultra-radiniste du rapport à l'argent. Une attitude de minable gratte-centime, toujours en train de calculer les trois ronds qu'il économisera sur
dix-huit mois et six jours, dégainant la calculette au cinéma et payant rubis sur l'ongle pour gagner 0,03 % d'escompte au grand comptant. Il ne fume pas, ne bois pas, mange peu, planifie la
vaisselle et se méfie comme de la peste des loisirs et/ou du plaisir en général.
L'autre version, c'est le pauvre malheureux qui se lance à corps et à cerveau perdus dans la « rat race », non sans afficher au passage les signes extérieurs et indubitables de sa
réussite financée à crédit (avec, cela va sans dire, un taux d'intérêt plus qu'usuraire...). Le résultat de cette hérésie ne tarde jamais à se manifester : le luxe tapageur et « sine
nobilitas » de notre « love-brand addict » ne passe guère inaperçu, il faut le souligner. Du dernier gadget technologico-inutile à la voiture consommant vingt-deux litres d'essence
au démarrage, on ne peut certes pas louper notre dandy de pacotille. De ses vacances au Kenya, en cabin-lodge climatisé perché en haut d'un Baobab centenaire, il ramène un bronzage hivernal
impeccable, des souvenirs fabriqués à Taïwan et une vocation de quarante-huit heures pour l'aide humanitaire. C'est d'un ordinaire, en vérité, je vous le dis, celuy-là ne trouve pas la moindre
grâce à mes yeux - tandis que le grippe-sou, ma foi, je le plains sincèrement.
Ah ! Baste ! Quelle misère, malgré tout cet argent ! Et la noblesse, dans tout ce cirque ? Et le respect pour soi-même ? Et la grandeur d'âme ? Et la beauté du geste ?
Et l'Humanisme ? Entendez-moi bien : je ne me range certainement pas, en écrivant cela, du côté des gauchistes en sandales qui se la jouent « Médecins Sans Frontière » en grignotant du
kinoa pour se donner un genre. Je serais plutôt dans le camp des enragés de la truelle, qui rachètent un manoir du treizième pour le sauver de la ruine et qui passent leur existence
entière à tenter de lui rendre un peu de son faste disparu. Oui, ycelles et yceux-là mêmes que la vox populi accuse en choeur d'être des élitistes dégénérés. Mais qui pourtant n'ont pas
d'autre choix que de tenir un budget impeccable tout en gardant leur rang sans déchoir, à grand renfort de créativité et de courage. Qu'il y ait ou non une particule devant leur
patronyme ne change d'ailleurs rien aux problèmes.
C'est cette troisième voie-là que j'aimerais mettre en lumière : un chemin rigide et absolu, j'en conviens, mais qui serpente à mille lieues de l'intégrisme i... euh, ... de l'obscurantisme
dogmatique (hé, hé) ou des raccourcis dégoûtants de la politique clientéliste à deux balles.
L'argent, je le disais dans mon précédent billet, est avant tout un instrument de pouvoir. En ce qui me concerne, c'est aussi une arme brandie à la face des systèmes, et dont j'use
sciemment, afin que le message soit bien clair. Je ne préciserai pas le message, mais l'on devinera sans peine quel il est, si j'écris : F*CK !!! (Merci Stanley K.)