Samedi 21 novembre 2009 6 21 /11 /Nov /2009 22:11

Soit. Les notions de base dont je vous entretins récemment, Cher Lecteur en pole position sur les starting blocks de la Christmas Shopping Race, ces notions, donc, permirent d'esquisser à grands traits le paysage désolé du contribuable occidental de type lambda actif. Nous allons dès lors entrer dans le vif du sujet et procéder par ordre. Car il ne suffit point de s'insurger contre la minable-attitude ou de balancer à l'emporte-pièce les dix règles à penser de l'aspirant au budget pour faire oeuvre utile. Encore faudrait-il démonter quelque peu le système et l'étaler patiemment sur la page, de telle façon que certaines arnaques apparaissent au grand jour. Ce ne serait d'ailleurs qu'un très humble début : savoir est une chose, pouvoir s'en tirer vivant en est une autre. Orrrr doncques.

La toute première notion qu'il importe d'expliquer, c'est la différence qui existe entre une envie et un besoin. Rien de tel qu'un exemple bien concret pour se faire rondement entendre, suis-moi avec attention.

Une envie, c'est lorsque tu te verrais bien faire pipi, de rage, sur l'échiquier maudit appartenant à un Pangolin Majuscule. Tu te verrais bien le faire - Ah ! Baste ! Par le Gadlu ! Tu n'as aucun mal à visualiser la scène avec une précision toute chirurgicale - cependant tu sais que tu ne le feras (sans doute) pas (dans l'immédiat).
Un besoin, par contre, c'est lorsque tu sens dans ta poitrine déchirée - poitrine qui semble tout à coup te faire le plan foireux du pneumo-thorax - que ton coeur est en bout de course et que si tu restes une micro-seconde de plus, là où tu te trouves, tu vas crever sur place comme un moustique écrabouillé.

Sache et crois Mata lorsqu'elle t'affirme que la toute première technique publicitaire consiste en un redoutable mind-fuck dont l'unique but est précisément de t'empêcher de faire la différence entre tes envies et tes besoins. Ça va très loin, dans la plupart des cas. Ça peut même aller jusqu'à la démence ; s'il te faut des preuves, tu n'as qu'à observer cinq minutes le quidam devant sa télé. C'est édifiant.

Mais je sais tout ça, me diras-tu. Certes, tu le sais, mais qu'en fais-tu ? Ton écran plat ne trône-t-il pas toujours dans ton salon ? Tes contrariétés ne trouvent-elles pas toujours une issue dans le sucre ou dans l'alcool ? Tes habitudes quotidiennes ne sont-elles pas systématiquement dictées par des us et coutumes dont tu n'avais pas la moindre idée, il y a tout juste vingt ans ? Tes opinions, tes convictions intimes, de même, d'où sortent-elles ? As-tu solidement étudié la question, des problèmes environnementaux par exemple - ou te contentes-tu de braire en choeur ce que les média t'entrent continuellement dans la cafetière, faute d'un peu d'énergie pour t'informer de façon parfaitement indépendante ?

Mwouai, vas-tu maugréer avec une grimace dubitative. Pourquoi irais-je m'e*** la vie avec des questions sans réponse ou des choix qui n'en sont pas ? En vérité, je te le dis, parce que tu ne vis pas, justement. Ce que tu crois être ta vie n'est qu'un lavage de cerveau en marche : tu ne manges que ce qu'on te sert, tu ne penses que ce qu'on t'autorise à croire et tu n'es là que pour faire avancer la machine, comme un joli petit hamster dans sa roue à aube. Et que l'on m'entende bien, je ne suis pas en train de prôner une quelconque thèse anarchiste. Ce que je balance, icy et mayntenant, c'est que l'impossibilité de s'en sortir n'est pas une excuse pour se contenter d'y rester.

J'ai croisé autrefois un espyon qui m'a ouvert les yeux sur une vérité fondamentale : l'on ne peut être Debout si l'on se contente d'être un outil sans volonté. La Soumission Noble, celle qui donne le vertige et la vérité, naît du Sens et de la Force. Tout le reste n'est rien d'autre qu'une succession de lâchetés dégoûtantes, justifiant le sort du bétail que l'on mène à l'abattoir.

Pour en revenir au budget (que l'on me pardonne cet atterrissage quelque peu brutal), la morale de mon éthique est limpide : « pouvoir, c'est vouloir » - dans ce sens-là, j'insiste; le « vouloir, c'est pouvoir » me flanque en effet de l'urticaire, pour des raisons personnelles et historiques qu'il serait trop douloureux d'expliquer icy.
Évidemment, que tu es capable de noter quotidiennement tes dépenses pendant trois mois, afin d'établir une moyenne annuelle. Évidemment que tu es capable de classer tes factures et tes extraits de compte, puis d'utiliser des logiciels open-source ultra simples pour tracer les mouvements et surveiller ta balance comptable. Mais es-tu capable de comprendre pourquoi tu devrais le faire ? Si tu t'y mets pour faire plaisir à ta moitié ou pour brandir un talisman contre le mauvais-oeil fiscal, ce n'est sans doute pas la peine d'aller plus loin. Ce doit être ta décision, à toi et à toi seul, pour des raisons qui sont les tiennes et ne regardent que tes fesses en tout premier lieu. Ton but pourrait être de te prouver que tu es au-dessus de tout ça, de ridiculiser ycelles et yceux qui te prenaient pour un cancre ou de t'offrir ce dont tu as toujours rêvé, qu'importe ? Il faut que cela ait du Sens et que ce soit TA Force qui soit à l'oeuvre, et non la puissance, tout extérieure, de circonstances que tu ne maîtrises pas. C'est ton fric, que Diable ! Tu ne vas nulle part tant que tu n'as pas compris que ce qui t'arrive vient AUSSI de ce que tu en fais.

Et pour terminer, une remarque absolument capitale. S'il est exact que tu puisses accomplir beaucoup de choses - en théorie, ton pouvoir n'a d'autres limites que celles que tu te fixes - il ne faut jamais céder aux sirènes de la voracité. En vouloir toujours plus est la pire des hérésies. Tu ne peux qu'y laisser ta peau : c'est une certitude mathématique. Que je détaille soigneusement mon propos, afin que l'on ne m'accuse pas d'incitation à la frugalité. Ce n'est pas tant de quantité mais de qualité qu'il s'agit. Entre « vouloir toujours davantage » (le hamster qui cavale) et « vouloir toujours mieux » (le hamster qui potasse son Hydraulics for Dummies), il y autant de points en commun qu'entre Mademoiselle Pisse-Copie de la Rentrée Littéraire et Madame Anne Desclos. Tu me suis ? L'Excellence, c'est l'évidence, il n'y a que cela de Vrai...
Par MS - Publié dans : De cape et d'écus
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