Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 23:49

Park-Avenue-New-York-CityCrédit image : http://1monthop.com/tag/news-in-the-news

 

Nous y sommes donc, puisqu'il doit en être ainsy. À l'orée d'un territoire totalement inconnu, quelque part, très loin, entre les rotten tracks, la base, la steppe incendiée, l'impasse et le passé. La troisième voie était là de tout temps. Cette légendaire voie qui consiste à ne choisir aucun camp, à se contenter de partir en mission et d'en revenir, sous la double injonction du Colonel Mirkov et de Jones – ou de Jones et du Colonel Mirkov; tout dépend du point de vue où l'on se place. Bien que les missions, désormais, soient tenues directement des mains de Jones et que Mirkov n'y occupe en quelque sorte que le rôle de Cause Première (ce qui ne manque pas de lui plaire, à ce grand cabotin majuscule qui conserve son élégant statut d'exception statistique). Orrr doncques.

Il me semble bien, de là où j'observe la situation, du coin de l'oeil et les bras croisés (il le faut bien, hélas, les glènes ne m'ont laissé aucun choix en l'occurrence), il me semble bien, dis-je, que tout est d'une simplicité consternante. Je ne parviens pas à m'expliquer comment il est possible qu'il ait fallu tant m'expliquer les choses, et pendant si longtemps. Toujours est-il que j'ai parfaitement compris, cet après-midi. Jones a l'Art de trouver les mots et de les marier de telle sorte que je les entende sans aucune peine. Jones a du génie, là aussy, il faut le répéter. Que serais-je sans luy ? Mais Jones n'est-il pas un joueur virtuose, qui pousse la galanterie jusqu'à m'instruire sans avoir l'air d'y toucher, afin de ne froisser ni ma sensibilité ni mon orgueil ? Jones déborde de bontés. Jones est un Ange, cela ne fait plus aucun doute.

Il est exact, reconnaissons-le humblement, que les échecs, cette occupation que j'ai honnie de toutes mes forces, n'est pas le jeu assommant que j'avais cru cerner, en contemplant Mirkov statufié par-dessus ses pièces. La mécanique m'échappait : je regardais trop Mirkov et pas assez le jeu. Je n'acceptais aucune mise en abyme. Je n'étais qu'une sotte – et non un traître, comme je le craignais.

C'est sur Parc Avenue, suivant les indications de Jones, que j'ai entamé ma toute première partie ce soir. Ce fut, entre Chopin et les escarpins de créature, un moment d'une intensité et d'une beauté rares. Je n'aurais pas cru qu'il fût possible que j'en convienne jamais; il faut pourtant bien que je me rende à l'évidence, les échecs sont une pure merveille. Tout, absolument tout, devient d'une simplicité divine dès lors qu'il suffise de savoir que chaque mot, chaque geste et chaque plaisir n'est au fond qu'un présent. Et que tout ce qu'il m'est offert de vivre, lors des missions, c'est au nom de Jones que je l'accepte. C'est en définitive grâce à luy que j'agis. Par le GADLU, quelles délices...

Je n'ose encore fermer les yeux et songer à la suite. Mais je sais d'instinct, désormais, ce que je n'arrivais pas à mettre en oeuvre auparavant. Où que j'aille, certain regard d'iceberg me suit. C'est tout ce qu'il me faut savoir. Le reste n'a strictement aucune importance. Amen.

Par MS - Publié dans : The Mata Story
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